Parole de préventeur

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2 Un ouvrier s'étire sur un chantier pour évoquer les services d'éveil de sport dans le travail par Romain Lépinay, préventeur des risques de santé liés au BTPé

Et si vous donniez du sens à vos projets de prévention ? C’est ce que propose Romain Lépinay, gérant et fondateur du cabinet montpelliérain Sp2 Consulting, qui fait le lien entre la prévention des risques professionnels, la santé et l’exercice physique. Préventeur nomade, Romain Lépinay intervient dans de nombreuses entreprises, notamment dans le domaine du BTP.

Photographie de Romain Lepinay, expert préventeur en risque liés à la santé dans le travail

Spécialisé dans la santé, le bien-être et la qualité de vie au travail (QVT), Romain Lépinay, 35 ans, accompagne grâce à des solutions sur mesure des entreprises de toute la France et issues de divers secteurs d’activités : construction, grande distribution, éducation… 

Sportif accompli, il accompagne en douceur l’activité physique des professionnels.

Dans vos interventions, vous mettez l’accent sur l’éveil musculaire quotidien. En quoi cette pratique est-elle importante pour les professionnels ?

Elle est fondamentale pour la santé des salariés, afin de limiter les troubles musculosquelettiques (TMS), qui touchent aujourd’hui tous les secteurs professionnels, dont, bien sûr les travailleurs du BTP.
Leur corps est leur outil de travail premier, il faut en prendre soin en mettant en place des routines comme celle des « 3 fois 7 » : 7 minutes d’échauffement, pour 7 zones à mobiliser grâce à des mouvements à effectuer 7 fois.
L’éveil musculaire est accessible à tous quelle que soit sa condition physique.

L’éveil musculaire est-il devenu un incontournable sur les chantiers ?

Oui et non. Les grandes entreprises du BTP ont de l’avance dans ce domaine et ont mis en place ces pratiques il y a déjà 10 ou 15 ans. Ce n’est pas le cas des travailleurs indépendants, des TPE et des PME. Pourtant, le dénominateur commun des entreprises de la construction, qu’elles emploient 5, 50 ou 50 000 salariés, c’est bien le risque important que représentent les TMS. Il faudrait acquérir une culture de l’éveil musculaire pour préparer le corps aux mouvements prévus dans la journée.

Qu’apporte une séance d’éveil musculaire à des salariés ou artisans du BTP ?

Ces exercices permettent de renforcer les muscles profonds ainsi que les zones péri articulaires, qui sont particulièrement touchées par les TMS : cou, épaules, coudes, poignets, bassin, genoux, chevilles… Toutes ces articulations supportent au quotidien des charges, des inclinaisons, des tensions.  Quand elles montrent des signes de fatigue, c’est que le corps a déjà beaucoup forcé.

Un homme en jogging s'étire pour commencer sa journée de travail pour évoquer les services de Romain Lépinay, préventeur

Quels sont les signaux d’alerte d’une articulation fatiguée ?

La douleur, bien sûr. Celle qui ne s’éveille pas, en tout cas au début, sur le chantier mais plutôt en dehors des heures de travail. C’est la petite douleur aux cervicales quand on regarde dans son angle mort en rentrant en voiture, le bassin qui fait mal quand on se penche pour ramasser quelque chose. Une séance d’éveil musculaire permet aussi de faire un petit « check up » physique des équipes le matin : si une douleur apparaît, il ne faut pas forcer et rester vigilant dans ses postures.

En pratique, l’éveil musculaire n’est-il pas compliqué à mettre en place dans un planning déjà très chargé ?

Il s’inscrit dans le briefing du matin, avant de lancer les activités. C’est une façon de générer de la cohésion et de créer un moment convivial autrement qu’autour d’une table.
Les enchaînements de mouvements sont déclinables à l’infini pour éviter l’ennui. Nous proposons des formules sur mesure aux entreprises, qui permettent notamment à deux salariés formés, sur la base du volontariat, d’animer ces moments d’échauffement.

Pourquoi les entreprises ont-elles intérêt à mettre en place ce type de prévention ?

Tous les employeurs sont tenus d’assurer la santé physique et mentale de leurs salariés*. La prévention répond à cet objectif. C’est bien plus qu’un DUER (Document Unique d’Evaluation des Risques) à mettre en place, même si celui-ci est indispensable.
Investir dans la prévention, c’est un cercle vertueux, d’autant que la prévention peut faire partie d’un plan de formation ou être subventionnée. Pour une entreprise, un projet de prévention réussi, ce sont des arrêts de travail moins nombreux : en France, 30 % d’entre eux sont liés aux TMS. Ce sont aussi des salariés fidélisés et investis dans leurs missions, heureux que leur santé soit prise en compte.

Vous travaillez régulièrement avec des mutuelles. Quel rôle peuvent-elles jouer dans la prévention des risques professionnels de leurs adhérents ?

Les mutuelles protègent leurs adhérents et sont à leur écoute. Elles peuvent même accompagner les entreprises dans leur projet de prévention des risques et de formation. Elles sont de plus en plus nombreuses à s’engager aux côtés des structures qui veulent prendre soin de leurs salariés.

*Article L. 4121-1 du Code du travail – Photo : tous droits réservés. SP21/FCR0291

En un coup d’oeil !

« Le corps est l'outil de travail premier des professionnels, il faut en prendre soin. »

« Le dénominateur commun des entreprises de la construction, c’est bien le risque important que représentent les TMS. »

« Tous les employeurs sont tenus d’assurer la santé physique et mentale de leurs salariés. La prévention répond à cet objectif. C’est bien plus qu’un DUER (Document Unique d’Evaluation des Risques) à mettre en place, même si celui-ci est indispensable. »