Damien Seguin, 1er skipper handisport au départ du Vendée Globe : « Montrer que peu importe le challenge, chacun peut aller au bout de ses rêves ! »

Il y a quelques mois, nous faisions connaissance avec Damien Seguin, homme et skipper, à la personnalité et au parcours inspirants. Né sans main gauche, champion paralympique 2004 et 2016, il présentait son parcours et se projetait sur son challenge : une première participation au Vendée Globe. Dans quelques jours, le 8 novembre, il partira des Sables d’Olonne à bord de son bateau Groupe Apicil, dont MBTP est partenaire, pour cette course au large en solitaire qui fait la légende de la voile. Au cours de ce nouvel échange, Damien revient pour nous sur ses derniers mois de préparation et partage ses sentiments à l’approche du grand départ…

Nous y sommes ! A quelques jours du départ du Vendée Globe, que ressentez-vous ?

Damien Seguin : C’est ma première participation, c’est donc beaucoup de découvertes et il y a forcément pas mal d’excitation. Cette aventure fantastique demande évidemment beaucoup de préparation, mais notre avantage, par rapport à d’autres équipes qui se sont lancées beaucoup plus tardivement, est que j’étais déjà qualifié très tôt, donc nous avons pu planifier le projet sur 3 ans. Durant les deux premières années, nous avons beaucoup travaillé sur le bateau, ce qui fait que les deux mois perdus avec le confinement n’ont finalement pas été trop préjudiciables. Et malgré le contexte, ça va le faire ! Il n’y a pas de surpression, je sais que les choses vont bien se passer.

Cette édition 2020 est forcément singulière vu le contexte sanitaire. Comment avez-vous vécu ces derniers mois ?

Damien Seguin : Comme tout le monde, cette pandémie et le confinement au printemps nous sont tombés dessus brutalement. A ce moment-là, notre bateau était en chantier. Durant les 10 premiers jours, nous avons donné tous nos masques FFP2 aux hôpitaux et nous avons mis tout le monde à l’arrêt pour nous donner le temps de trouver la meilleure solution pour s’organiser. Le protocole sanitaire a été mis en place et l’idée a alors été d’aménager les horaires pour que les équipes présentes dans le hangar ne se croisent pas. A partir du 2e mois, le rythme est revenu un peu plus normal. Jean-Charles Monet, le directeur technique, et moi-même avons fait le choix de télétravailler pour ne pas rajouter des personnes sur le chantier alors que les conditions étaient déjà difficiles. Jean-Charles dirigeait les opérations depuis chez lui. Quant à moi, je suis un peu sorti de la préparation du bateau pour faire davantage de choses en visioconférence autour de la météo ou encore de l’avitaillement du bateau.

« A quelques jours du départ, j’ai le sentiment d’avoir bien fait les choses »

Il a fallu gérer l’incertitude…

Damien Seguin : Oui ce n’était pas simple, mais en même temps les choses avançaient sur le bateau. A ce moment-là, on avait encore l’impression que le retard qu’on prenait pourrait être rattrapé plus tard. La suite nous a montré qu’en fait, on ne rattrape pas le temps perdu ! Après cela, nous avons dû nous adapter à de nouveaux timings. Moi, pendant le confinement, j’étais chez moi, en famille à Auray avec Tifenn et les deux enfants. Ça s’est très bien passé. Nous avons la chance d’être dans une maison avec un jardin. Et puis, quand je suis à terre et que je ne suis pas en compétition, je suis plutôt casanier, ça ne me dérange pas de rester à la maison.

Sportivement, comment s’est passé la préparation ?

Damien Seguin : Plutôt bien. Lorsque nous avons commencé le projet, il y a 3 ans, nous avons tout de suite débuté avec la Route du Rhum. Cela m’a permis d’obtenir ma qualification pour le Vendée Globe dès 2018. Ensuite, j’ai participé à la Transat Jacques Vabre. J’ai aussi concouru dans des courses plus petites. J’ai donc beaucoup navigué avec le bateau. Cette année, on devait avoir un joli programme avec un aller-retour aux États-Unis qui a été annulé pour cause de Covid. Lors de la course de remplacement qui a eu lieu début juillet, j’ai malheureusement dû abandonner assez rapidement en raison de problèmes d’énergie à bord du bateau. Cette petite casse ne nous a pas fait perdre trop de temps. Là, à quelques jours du départ, j’ai le sentiment d’avoir bien fait les choses.

Partir pour le Vendée Globe, c’est se confronter à la solitude. Comment envisagez-vous cette donnée très importante de la course ?

Damien Seguin : Cela va être une sacrée nouveauté ! Je connais les courses en solitaire mais au format d’une transat. Je n’ai jamais passé plus de 25 jours tout seul. Cette fois, je vais partir pour 80 à 90 jours et il n’y a pas grand-chose à faire pour s’y préparer. Je suis simplement conscient qu’il y aura des moments difficiles où il y aura plus de fatigue, comme la période dans le Sud au moment de Noël et du Nouvel An. Là, il va falloir compter sur le mental et je sais que je suis assez solide. Sortir de sa zone de confort, aller se confronter à des sentiments nouveaux, c’est ce qui fait l’exigence et la beauté d’une telle épreuve.

« Formidable d’avoir une assurance et des mutuelles sur un projet qui prône l’intégration et l’insertion des personnes en situation de handicap »

Dans ces moments-là, le soutien est important. Et durant toute la préparation vous avez bénéficiez de celui de vos partenaires…

Damien Seguin : Absolument ! Le Groupe APICIL et ses entités comme MBTP sont les seuls partenaires qui font fonctionner le bateau. Les autres sont des partenaires techniques. Avec APICIL, l’aventure a débuté fin 2017 et dès le début de l’année 2018, nous avons acheté le bateau et participé à la première épreuve qu’était la Route du Rhum. Pour moi, c’est un soutien qui est essentiel. Un projet comme le Vendée Globe est certes un challenge sportif, mais c’est aussi un projet de communication autour de mes valeurs, de mes particularités, du handicap. Cela ne pouvait se faire qu’avec un partenaire qui comprenne pleinement le message que je souhaitais porter. C’est formidable d’avoir une assurance et des mutuelles sur un projet qui prône l’intégration, l’insertion des personnes en situation de handicap et la lutte contre les vulnérabilités. Le couple s’est vraiment bien trouvé !

Justement, sentez-vous que le message que vous souhaitez faire passer est entendu ?

Damien Seguin : Oui, nous sommes sur une communication positive autour de la vision du handicap. De tous les skippers, je suis naturellement celui qui l’incarne le mieux. Je suis en situation de handicap, je fais une course avec et contre les valides. Ce qu’on souhaite communiquer, c’est exactement ce que l’on fait au quotidien, que ce soit à terre ou en compétition sur l’eau. C’est cette volonté de donner confiance à chacun et de dire aux personnes handicapées, aux familles, que peu importe le challenge, on peut toujours aller au bout de ses rêves, si on est déterminé et que l’on travaille dur pour y arriver. C’est intéressant de voir que les médias y sont sensibles et qu’ils relaient ce message.

« Passer de la vie de terrien à la vie de marin est une rupture qu’il faut gérer émotionnellement »

Incarner ces valeurs et les partager avec le Groupe APICIL et MBTP, cela vous apporte-t-il encore plus de détermination ?

Damien Seguin : Oui, c’est certain. J’ai fait plusieurs fois le déplacement à Lyon pour rencontrer les équipes du Groupe APICIL et de MBTP et, à chaque fois, les échanges ont été très riches, très conviviaux et très constructifs. J’ai l’impression que pour des entités qui ne connaissaient pas forcément le domaine de la voile et de la mer en particulier, les gens se sont vite approprié le bateau, ses couleurs et tout ce que symbolisait ce projet nautique. Pendant les courses de préparation, j’ai reçu des messages très sympathiques qui m’ont forcément boosté.

Au moment du départ, quel est le sentiment qui va dominer ?

Damien Seguin : Beaucoup de choses vont se bousculer dans ma tête, c’est certain ! Ce sera un moment très émouvant parce que je vais quitter mes proches et les gens qui seront venus me dire au revoir sur le ponton. Je vais descendre le chenal avec mon équipe technique et puis après, je serai seul. C’est toujours compliqué, quelle que soit la compétition. De passer de la vie de terrien à la vie de marin, c’est une rupture, un déchirement qu’il faut gérer émotionnellement. Et là, en plus, je sais que je pars pour très longtemps et que c’est une course qui comporte des risques.  En même temps, je ne veux pas trop me projeter sur le départ, j’ai envie de le vivre pleinement.

Dans une période où chacun d’entre nous est, par la situation sanitaire, privé de moment conviviaux ou de certaines occasions de rêver, ressentez-vous davantage encore la responsabilité d’offrir de l’évasion et des émotions au public ?

Damien Seguin : Bien sûr ! Contrairement aux sports très populaires comme le football ou le tennis, qui normalement sont des disciplines avec beaucoup de spectateurs, nous, nous n’avons pas de spectateurs directs, mais nous sommes habitués à faire des images et à transmettre des émotions de cette manière. Et en ce moment, c’est vrai que les gens sont vraiment en attente de ce type de partages, de pouvoir vivre des expériences qui les sortent de leur quotidien. Ils vont donc être très réceptifs. A nous skippers de faire vivre cette course de l’intérieur. Je pense d’ailleurs que le jour du départ, il y aura aussi beaucoup de vedettes sur l’eau. Ça va être très fort, j’ai hâte d’y être !

Publié le 25 novembre 2020.


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